Prologue du livre de Maria Dalleves sur ses origines.
Ce livre sera présenté plus précisément prochainement.
Tout a commencé avec les célébrations du 115e anniversaire de San José en juin 1972. Ce qui a donné à cet anniversaire un relief particulier, c’est qu’après un long silence, le contact est rétabli entre la colonie « valaisanne » et le pays d’origine.
Pour le représenter, le Valais a désigné deux ambassadeurs : le père Gabriel Carron et son frère Alexandre. Les deux Valaisans sont des amis du père Rougier de Villa Elisa et de Celia Vernaz de San José, qui ont été l’âme de ces célébrations.
Lorsque Alexandre et Gabriel arrivent en Argentine, ils s’égarent, ne trouvant pas San José dans les pampas qui déploient leurs prairies à perte de vue. Après deux jours passés à La Paz, ils se demandent si vraiment des descendants de Valaisans habitent dans ces régions. En redescendant vers San José, un indice les rassure cependant : au dos d’un siège du bus qui les transporte, ils découvrent, gravée dans le cuir, l’inscription « Amoos », un nom de famille bien valaisan. Ils sont rassurés : ils sont sur le bon chemin.
Le 25 juin, ils arrivent à San José et le premier habitant qui leur tend la main dit en s’exprimant en français : « Je suis Louis Dallèves, mon grand-père était Puippe. »
Les deux frères Carron, un peu surpris, lui répondent aussitôt : « Bonjour cousin, notre grand-mère aussi était Puippe. »
« Comment ça va outre-là ? » continue l’Argentin qui, en posant ainsi cette question, utilise une expression typiquement valaisanne. Ce premier contact, poursuivi par un asado partagé chez le père Rougier, marque le début d’une longue amitié entre la famille Dallèves et la famille Carron.
La célébration du 115e anniversaire de San José est un événement extraordinaire : défilé, manifestations, banquet, discours, remise des cadeaux des autorités valaisannes… L’enthousiasme embrase les fêtes. C’est la victoire du cœur sur l’oubli.
A San José, Villa Elisa et Colon, où sont établis les Dallèves, Alexandre et Gabriel nouent des liens d’amitié avec leurs cousins, liens qui se renforceront au cours des années et qui seront partagés par tous les membres de la famille Carron qui voyageront en Argentine par la suite. C’est le cas par exemple de mon frère Camille, mais aussi de mon père René, de son épouse Maria et de leurs enfants qui ont visité l’Entre Rios dans les années 1970.
Personnellement, lorsqu’avec mon épouse j’ai séjourné dans cette région en 1987, puis en 1989, pour préparer les Retrouvailles de 1991 en Valais, j’ai eu le bonheur de rencontrer plusieurs membres de la famille Dallèves qui m’ont témoigné une affection qui m’a touché. Avec eux j’ai visité le moulin Forclaz à Villa Elisa, divers lieux liés à l’histoire des pionniers valaisans dans la région, et j’ai partagé des moments de convivialité inoubliables.
Ce qui m’a beaucoup surpris, c’est d’apprendre que la vigne, qui couvre une grande partie des terres valaisannes et que les émigrants d’autrefois avaient implantée à San José, avait disparu dans la région. Toutes les vignes ? Non, car chez les Dallèves la culture viticole a été conservée. Et quel bonheur ce fut pour moi d’admirer les belles treilles qu’ils avaient plantées chez eux. Mais surtout, je n’oublierai pas les moments de convivialité à partager avec mes cousins le vin rouge qu’ils ont continué à produire et dont ils sont à juste titre très fiers.
Gabriel et Alexandre, mais aussi mon frère Camille et moi-même, nous nous rappelons avec délice les moments de bonheur vécus sur la terrasse de la posada La Maison D’Agustine où nous logions à chacune de nos visites dans la région. Sous la treille, renforçant l’amitié qui lie nos familles, le vin rouge des Dallèves a rempli plusieurs fois nos verres, et j’ose le dire, il a pour nous la saveur des meilleurs crus valaisans.
Avec mon oncle Alexandre, nous avons écrit l’histoire des Valaisans émigrés en Argentine au XIXe siècle. De très nombreux Valaisans ont de la famille dans ce grand pays qui est devenu cher à leur cœur. Ce sont leurs cousins d’Amérique.
Le 115e anniversaire de San José en 1972 a été le déclencheur des retrouvailles. Les familles Carron et Dallèves se sont alors retrouvées après un long silence, étonnées de constater combien le temps et la distance avaient peu altéré les traits et les caractères. Ni les années de séparation ni la distance n’ont su briser les liens solides de l’attachement familial et patriotique.
Et si le livre de Maria Dallèves sur l’histoire de sa famille peut contribuer à un regain d’intérêt pour une page précieuse de notre histoire, s’il peut susciter des recherches qui aboutissent à de nouvelles retrouvailles, il sera, outre un hommage à ses membres, la preuve que le cœur sait réveiller et entretenir les plus beaux élans d’amitié.
Christophe Carron

Ici : Christophe Carron et Olga Maria Barbier (Dallèves) sur la terrasse de la posada La Maison d’Agustine à Colon, sous la treille, dégustant le vin mis en bouteille par la famille Dallèves.
